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SAINT-OUEN, le 28/02/2013

Problématiques du marché de la réparation-collision

Lettre ouverte de la F.N.AA

aux professionnels et aux pouvoirs publics

Les récents articles de presse qui se multiplient sur les rapports entre assureurs-carrossiers-experts et les nombreux témoignages des carrossiers qui manifestent leur désarroi, mais aussi leur colère en s’en prenant parfois à leurs propres organisations professionnelles, illustrent le problème structurel du marché de la réparation-collision et sa constante dégradation.

Un déséquilibre significatif des relations commerciales et un abus de position dominante collective des assureurs caractérisent ces rapports. La nécessaire indépendance des experts a été rangée dans les placards, ces derniers étant devenus des agents économiques agissant sur ordre des assureurs et subissant leurs exigences.

La constante baisse de la sinistralité fragilise évidemment Carrossiers et Experts ; elle semble encourager assureurs et plateformes de gestion de sinistres à accroître une pression tarifaire toujours plus forte sur ces deux familles professionnelles, à la fois fragilisées par la baisse des volumes et de la rentabilité et mises ainsi en état de dépendance économique croissante auprès des donneurs d’ordres. Dans ce contexte, les chartes de relations entre carrossiers et assureurs ainsi qu’entre carrossiers et experts ont peu de chance de porter un jour leur fruit attendu : un rééquilibrage harmonieux des relations entre assureurs, experts et carrossiers qui constituent l’indissociable triptyque de la réparation-collision.

De leur côté, les gouvernements successifs ainsi que les autorités chargées d’effectuer contrôles et enquêtes considèrent de manière dogmatique que la pression, pourtant inconsidérée, des assureurs sur les carrossiers et sur les experts pour faire baisser les coûts des sinistres ne peut être que
fondamentalement bénéfique car préservant le pouvoir d’achat des automobilistes.

Du coup, les pouvoirs publics ne prennent pas le temps d’explorer les arcanes de ce marché et restent sourds à nos explications sur les complexes problématiques de rentabilité de nos entreprises, sur la nécessité de développer nos emplois, (ou pour le moins de les préserver), sur l’asphyxie du moteur que constituent nos entreprises dans l’économie de proximité et l’aménagement du territoire, sur les risques croissants de baisse de qualité des réparations induits par la politique tarifaire des assureurs et leurs lourdes conséquences sur la sécurité des usagers de la route (cf. courrier du 7 février 2013 à Benoit Hamon, Ministre de la Consommation).

Et pourtant, vous connaissez la mobilisation de la F.N.AA depuis de nombreuses années pour la défense des intérêts des carrossiers et la valorisation de la profession (enquêtes de la DGCCRF, Chartes avec assureurs et experts, saisine de la Commission d’examen des pratiques commerciales, enquête de
l’Autorité de la concurrence, amendement sur le libre choix du réparateur, norme AFNOR pour garantir un niveau de qualité de nos prestations, etc.).

Après tant d’années de mobilisation, de lobbying auprès des pouvoirs publics et de négociations acharnées avec les assureurs (désormais au point mort), nous sommes au regret de constater que les compagnies d’assurances, toujours plus obnubilées par leur appétit de profit, n’ont aucune considération pour les carrossiers, leurs intermédiaires experts et font fi des contraintes tant économiques que techniques inhérentes à nos activités.

Dans ces conditions, la F.N.AA considère comme objectifs prioritaires :
- d’adopter un texte législatif contraignant, permettant de garantir à l’automobiliste la liberté de choisir son réparateur en cas de sinistre pris en charge par un assureur ;
- de garantir la liberté d’approvisionnement des carrossiers pour leurs achats de pièces et de produits ;
- de rétablir une véritable indépendance des experts et cantonner leur mission à l’imputabilité des dommages et l’appréciation technique des réparations ;
- de revaloriser les prestations de nos professionnels, hautement techniques et qualifiées ;
- d’aider chaque carrossier à déterminer son coût de revient, lui permettant ainsi de négocier en toute connaissance de cause avec ses partenaires. Les agréments n’ont de sens que s’ils procurent un volume d’activité et permettent de dégager une marge suffisante ;
- de mettre à disposition, faciliter et encourager l’utilisation par les carrossiers non agréés d’outils efficaces
leur permettant de développer leur clientèle (supports de communication, produits de fidélisation) et d’avoir un règlement direct de l’assureur (cession de créance, subrogation de paiement) ;
- de sensibiliser les consommateurs sur leur droit d’avoir une indemnisation intégrale de leur préjudice et de bénéficier d’une réparation exhaustive et de qualité, afin de préserver leur capital automobile et leur sécurité ;
- de développer un réseau « carro-solidaire » fédérant l’ensemble des carrossiers, et plus généralement les professionnels de l’automobile ;
- de poursuivre la sensibilisation des pouvoirs publics et des instances socio-économiques ;
- d’intenter le cas échéant des recours judiciaires pour lutter contre les déséquilibres dans les relations contractuelles et toute forme d’abus.

Mais aussi mobilisée et volontaire soit-elle, la F.N.AA ne peut espérer défendre la profession seule : un changement profond ne deviendra possible que si chaque carrossier est prêt à reconsidérer sa relation avec un assureur dès lors que celle-ci ne lui est pas suffisamment profitable.

Gérard Polo, Président de la F.N.AA