L’UTAC-OTC a publié son rapport annuel sur l’activité du contrôle technique des véhicules lourds pour l’année 2025. L’analyse de ces données met en évidence une activité globalement stable, mais révèle également plusieurs tendances de fond qui méritent une attention particulière. La plus marquante concerne la dégradation de l’état technique du parc de poids lourds, ou à tout le moins de leur niveau d’entretien.
Une activité de contrôle stable
En 2025, 1 274 291 contrôles techniques ont été réalisés, dont 1 177 643 contrôles périodiques et 96 648 contre-visites. Ce volume est en légère progression de 0,34 % par rapport à 2024, confirmant la stabilité de l’activité du secteur.
Contrôleurs et centres : une stabilité apparente qui masque certaines fragilités
Le nombre de contrôleurs agréés progresse légèrement, passant de 852 en 2024 à 855 en 2025. Le maillage compte désormais 398 centres agréés, dont 171 non rattachés à un réseau.
L’évolution des créations et des cessations d’activité met toutefois en évidence la situation particulière des centres indépendants. Sur les 15 nouveaux centres agréés en 2025, 8 sont non rattachés à un réseau, ce qui témoigne de l’attractivité persistante de ce modèle entrepreneurial. Cependant, parmi les 14 centres ayant perdu leur agrément au cours de l’année, 12 étaient également indépendants.
Cette situation illustre les difficultés auxquelles peuvent être confrontés les exploitants isolés face à la complexité croissante de la réglementation et de la gestion de l’activité. L’appartenance à une organisation professionnelle permet en effet de bénéficier d’un accompagnement technique, juridique et administratif précieux pour suivre les évolutions réglementaires et sécuriser l’exploitation des centres.
Un taux de contre-visite maîtrisé, reflet de l’utilité du contrôle technique
Le taux global de contre-visite s’établit à 11,17 %, dont 9,40 % pour des défaillances majeures et 1,76 % pour des défaillances critiques.
Des disparités importantes demeurent toutefois selon les catégories de véhicules et les territoires. Les véhicules affectés au transport de matières dangereuses (TMD) affichent une nouvelle fois le taux de contre-visite le plus élevé, à 11,86 %, alors même qu’ils représentent le plus faible volume de CTP. Cette situation constitue un point de vigilance particulier, d’autant que l’arrêté du 18 août 2025 a renforcé les exigences applicables à ces véhicules, notamment concernant le marquage « EX » des chronotachygraphes.
Sur le plan territorial, la Guyane et la Martinique enregistrent des taux particulièrement élevés de véhicules soumis à contre-visite, respectivement 43,84 % et 38,87 %.
Concernant les motifs de contre-visite, les équipements de freinage demeurent la première cause de défaillance, représentant 4,10 % des CTP, en légère diminution. Les défaillances relatives aux feux, dispositifs d’éclairage et équipements réfléchissants constituent le deuxième motif de contre-visite, avec un taux de 3,82 % des contrôles, en légère hausse par rapport à l’année précédente.
Ces résultats rappellent le rôle essentiel du contrôle technique dans la prévention des accidents liés aux défaillances mécaniques, notamment en matière de freinage ou d’état des pneumatiques. Le taux de contre-visite pour défaillances critiques souligne l’importance du contrôle technique comme véritable filet de sécurité pour les usagers de la route.
Un parallèle peut se dessiner avec le dernier Bilan de la Sécurité routière, où l’ONISR (Observatoire national interministériel de la sécurité routière) comptabilise :
- 404 tués dans un accident impliquant un PL, soit 12% de la mortalité routière ;
- Parmi ces morts, 41 étaient des conducteurs PL ;
- 27% des conducteurs PL responsables d’accidents l’ont été en raison d’une faute d’inattention. Ce facteur ajouté à une défaillance ou une moindre efficacité d’un élément essentiel de leur véhicule, tel que le système de freinage, ne peut qu’accentuer cette tendance.
Une dégradation préoccupante de l’état du parc
Au-delà de la stabilité des volumes de contrôle, la principale tendance observée en 2025 concerne la détérioration de l’état technique des véhicules présentés au contrôle.
La part des poids lourds ne présentant aucune défaillance est ainsi passée de 13,53 % à 11,96 % en un an. Autrement dit, près de neuf poids lourds sur dix présentent désormais au moins une anomalie à l’issue du contrôle technique. Cette évolution peut traduire un vieillissement du parc, mais également une moindre qualité de l’entretien préventif des véhicules.
Une surveillance DREAL plus ciblée et plus efficace
Les contrôles de supervision menés par les DREAL connaissent également une évolution notable. Le taux de contrôles ayant donné lieu à une sanction est passé de 6 % en 2023 à environ 15 % en moyenne sur les années 2024 et 2025.
Cette hausse ne résulte pas d’une augmentation du nombre de contrôleurs supervisés, mais d’une amélioration du ciblage des inspections. Les DREAL s’appuient désormais davantage sur l’analyse des données de contrôle technique remontées dans la base nationale, permettant de passer d’une logique de contrôle aléatoire à une véritable approche fondée sur l’analyse des risques. Cette évolution contribue à renforcer l’efficacité des actions de surveillance et à concentrer les contrôles sur les situations les plus sensibles.





















