Le 13 mars 2025, l’Union Française des Industries Pétrolières (UFIP) a tenu une conférence de presse pour dresser un état des lieux des enjeux actuels du secteur énergétique / mobilité en France et exposer ses projections pour l’année à venir. Au cœur de cette intervention : la stabilité des prix des carburants dans un contexte géopolitique complexe, les défis liés à l’électrification du parc automobile, ainsi que les perspectives de la transition énergétique dans le secteur des carburants liquides.
Stabilité des prix des carburants
L’année 2024 a été marquée par des événements géopolitiques majeurs, notamment la guerre en Ukraine, les tensions au Proche-Orient et la dissolution de l’Assemblée Nationale. Ces événements auraient pu entraîner une déstabilisation significative des prix des carburants. Toutefois, malgré ce contexte, le marché des carburants a fait preuve d’une certaine stabilité. En effet, le prix du baril de pétrole, déterminé à l’échelle mondiale, est demeuré relativement constant, oscillant entre 75 dollars et 85 dollars au cours des deux dernières années.
En France, au mois de janvier 2025, les prix des deux principaux carburants, le gazole et le SP95 E10, sont passés sous la barre symbolique des 1,80 € le litre. Si cette stabilité des prix est favorable pour les consommateurs, des enjeux sous-jacents du marché pétrolier français persistent, comme l’influence du marché par les taxes internes, notamment le montant de la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques).
L’électrification du parc automobile
Le secteur de l’automobile est au cœur de la transition énergétique, mais l’UFIP souligne que l’électrification du parc automobile en France avance lentement. En 2024, 317 501 véhicules 100% électriques ont été immatriculés, soit une diminution de 3,4 % par rapport à 2023. Toutefois, cette transition reste progressive, avec un nombre de 2,1 millions de véhicules électriques dans le parc automobile français début 2025. Cela représente environ 25 % des immatriculations.
L’UFIP précise que 80 % des recharges de véhicules électriques se feront à domicile ou sur le lieu de travail dans un futur proche, ne laissant que 20 % pour les bornes publiques. Ce phénomène souligne la nécessité de développer de manière accélérée les infrastructures de recharge rapide, jugées essentielles pour répondre aux besoins croissants des usagers.
En ce qui concerne les poids lourds électriques, bien que des objectifs ambitieux aient été fixés, notamment celui d’atteindre 50 % de poids lourds électriques d’ici 2030, l’UFIP note que le coût de ces véhicules reste un frein majeur à leur adoption à grande échelle.
Les carburants liquides bas carbone
Un autre enjeu majeur pour l’UFIP réside dans l’accélération de la production de carburants liquides bas carbone. L’Arrêté « Gazole – XTL » (Arrêté du 26 juin 2024 modifiant l’arrêté du 28 février 2017 relatif aux caractéristiques du gazole paraffinique de synthèse et du gazole obtenu par hydrotraitement dénommés gazole XTL), autorisant la distribution de carburants XTL en stations-service publiques, est une avancée significative pour l’industrie. Toutefois, l’UFIP constate que de nombreux projets ambitieux de transition énergétique dans le secteur des carburants liquides, comme ceux concernant la biomasse et les bioraffineries, se heurtent souvent à des obstacles financiers ou sont abandonnés en raison de leur coût élevé.
Dans le cadre de la décarbonisation, le secteur continue de se concentrer sur des solutions telles que l’hydrogène vert ou le captage et la réutilisation du CO2. L’UFIP met en avant l’importance de la réutilisation du CO2 dans le cadre du CCU (Carbon Capture and Utilisation), une technologie qui pourrait jouer un rôle crucial dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Transition énergétique future
L’UFIP s’est également penchée sur les projections à long terme pour le secteur de l’énergie. Selon les estimations, les énergies fossiles continueront de représenter environ deux tiers de la demande mondiale d’énergie en 2023, bien que la demande d’électricité devrait augmenter de plus de 50 % d’ici 2050. En revanche, la demande de pétrole devrait diminuer de 25 % sur la même période.
L’UFIP a mis en lumière plusieurs scénarios pour la transition énergétique : le scénario « Stated Policies » (engagements pris par les États, notamment dans le cadre de la COP21) et le scénario Net Zéro (neutralité carbone d’ici 2050). Bien que le premier scénario semble le plus probable, l’UFIP avertit que la transition vers un avenir sans carbone pourrait être bien plus difficile et plus longue que prévu, en raison des enjeux économiques et des résistances structurelles du marché de l’énergie.
La réglementation européenne et l’avenir du secteur
L’UFIP a également exprimé des préoccupations concernant la réglementation européenne, notamment la Directive Fit for 55, qui impose une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Si les objectifs écologiques sont louables, l’UFIP met en garde contre les risques qu’une telle réglementation pourrait faire peser sur la compétitivité de l’industrie européenne, notamment face aux pays qui ne sont pas soumis à ces contraintes. Cette situation pourrait entraîner une perte de compétitivité pour l’industrie pétrolière européenne sur le long terme.
L’UFIP a également abordé les récentes directives européennes, comme la CSRD, directive visant la neutralité carbone à l’horizon 2050, qui impose aux entreprises de rendre compte de plus de 1200 indicateurs environnementaux, un seuil jugé excessif par l’organisation, qui préconise plutôt de concentrer les efforts sur les indicateurs les plus pertinents d’un point de vue environnemental.
Les raffineries françaises
L’UFIP a enfin abordé l’avenir des raffineries françaises. L’évolution de la demande devrait entraîner une diminution progressive des importations de pétrole en France.
L’UFIP envisage un scénario où les raffineries françaises parviendraient à couvrir l’intégralité de la demande nationale, sans nécessiter d’importations, dans un futur proche. Toutefois, ces ajustements se feront à un rythme encore indéterminé et dépendent largement des choix stratégiques des opérateurs de raffinerie.
Conclusion
L’UFIP conclut que la transition énergétique est un processus nécessaire, mais qui s’inscrit dans une temporalité longue. Si des avancées notables ont été réalisées, notamment dans les domaines des carburants bas carbone et de l’électrification, de nombreux défis demeurent.
Les transformations à venir devront concilier les impératifs environnementaux avec les réalités économiques du secteur. Le pétrole et ses dérivés, loin de disparaître, semblent destinés à se réinventer, en se tournant vers des solutions plus durables, à condition de poursuivre les investissements nécessaires et d’adopter des stratégies adaptées aux enjeux écologiques et économiques.
En cliquant sur le lien suivant vous trouverez le support diffusé lors de la conférence de presse : https://www.energiesetmobilites.fr/uploads/pdf/Conference_de_presse_Ufip_EM_13_mars_2025_VERSION_FINALE_finale.pdf